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UNE VOIE SOUFIE : LA NAQSHBANDI

Terre de paixUNE VOIE SOUFIE : LA NAQSHBANDI

Par Musa Belfort

I) définition.

Le terme soufisme désigne la mystique musulmane. Il provient du mot arabe «suf » désignant laine et qui est entré dans l’usage de la langue française par l’appellation  «  soufi ». L’expression  « labisa alsuf » (il s’est vêtu de laine) signifie donc la robe de laine dont se vêtait les premiers mystiques musulmans. D’autres exégètes y voient la racine arabe « safâ » qui porte la notion de pureté.

Etymologiquement, la forme verbale pour définir le soufisme est « tasawwuf » dont est issu le terme « mutasawwuf » qui signifie « le mystique de type soufi ».

En bref, le soufisme est l’orientation mystique de l’islam, son regard ésotérique, son aspiration intérieure.

D’aucuns pensent que l’origine d’une pratique mystique au sein de la religion musulmane remonterait à l’époque du Prophète Muhammad (que Dieu le bénisse et le salue) lorsque des musulmans pauvres connus sous le nom de « ahl alsuffa » c’est-à-dire  « les gens du portique » vivaient dans la cour de la mosquée du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) à Médine et qui passaient le plus clair de leur temps à évoquer Dieu.

En fait, le soufisme s’est développé à partir de la vie exemplaire du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) car il était de nature mystique et fut lui-même initié aux secrets de l’invisible .Comme en témoigne ce récit :

« (…) Après treize années de prêche et d’efforts particuliers à La Mecque, on lui fit découvrir une seconde excavation. Ce fut la grotte de Thawr sur le chemin de l’Hégire. Elle ne lui était pas destinée exclusivement pour lui offrir un quelconque apprentissage, mais elle possédait la vocation de devenir un  « centre d’enseignement divin » d’où émergeraient les secrets célestes et le développement des états spirituels du cœur. (…) Ce furent les prémices de l’enseignement du « rappel en secret » (dhikr hafi) et de l’apaisement du cœur en ouvrant celui-ci aux mystères de la Divinité. En d’autres termes, la grotte de Thawr fut la première étape de l’enseignement essentiel du cœur et qui allait conduire l’homme à la rencontre de son Seigneur et vers l’espace infini de ses secrets. »

(Sources « Muhammad, le Prophète de miséricorde » par Osman Nuri Topbaş)

Ainsi donc, la spiritualité soufie donne la possibilité à l’homme de retourner à son principe créateur ou plutôt à sa disposition naturelle (alfitra) comme le stipule ce verset du Coran :

« Et lorsque ton Seigneur prit des fils d’Adam de leurs reins (ou de leurs dos) leur progéniture et les fit témoigner contre eux-mêmes :

« Ne suis-je pas votre Seigneur et Maître ? »

Ils dirent : « Que si, nous en témoignons. »

Afin que vous ne disiez pas le jour de la Résurrection :

« Notre attention était trop détournée de cela. »

(Le Coran, sourate 7, verset 172)

 Ce verset coranique fait allusion au fameux pacte pris par Dieu sur les êtres humains dès leur création. Il s’agit d’un pacte de foi et d’allégeance selon lequel les enfants d’Adam reconnaissent et attestent exclusivement la Seigneurie de Dieu. Par conséquent, chaque être humain est lié à sa naissance par ce pacte.

Ainsi donc, par une pratique régulière du souvenir ou rappel de Dieu (dhikrullah), le soufi s’apaise en Dieu et, progressivement, son âme s’élève spirituellement par station régulière (ahwâl : pl :hâl) afin de fusionner ou selon cette belle expression « se dé-devenir » dans la Divinité (fana fillah).

C’est là où nous touchons à la véritable définition du Tasawwuf et à son expression la plus parfaite.

II) La voie Naqshbandi

 On peut situer l’origine de la voie Naqshbandi au premier des califes de l’islam, le très saint Abû Bakr As-Siddiq (que Dieu l’agrée) et ami proche du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue). Abû Bakr se trouvait à l’intérieur de la fameuse grotte de Thawr en compagnie du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue).Il est spécifié dans le Coran qu’il était  « le deuxième des deux » et, qu’au plus fort de la détresse, le Prophète Muhammad lui a dit :  « Ne t’afflige pas car Dieu est avec nous » ( Le Coran, sourate 9, verset 40).Il disait aussi à propos de son ami :  « Si j’avais à choisir un ami intime, j’aurais choisi Abû Bakr. Il est pour moi mon frère et mon compagnon. »

Abû Bakr était donc ce compagnon, cet ami, ce frère qui partagea en compagnie du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) les joies et les difficultés de l’existence mais surtout il fut instruit des vérités célestes et notamment durant leur séjour dans cette fameuse caverne. Cet enseignement fut le départ d’une chaîne d’initiés parmi laquelle nous trouvons des célèbres maîtres spirituels qui ont illuminé l’horizon de la voie Naqshbandi. Ces étoiles étincelantes se nommèrent : Abû Bakr As-Siddiq, Salman Al-Farisi, Jafar As-Saddiq, Bayazid Al-Bistami, Abdul Khaliq Al Ghujdawani, Yûsuf Hamadani et  Muhammad Baha’uddin Uweysi al Bukharî connu sous le nom de Shah Naqhsband.

Ce dernier vécut au 14ème siècle de notre ère et décéda à Boukhara dans l’actuel Ouzbékistan en 1389. Bien que ce fût Yûsuf Hamadani qui posa les bases de la voie, c’est à Shah Naqhsband  que l’on doit la structure de l’ordre. Le mot « Naqhsband » suggère deux idées principales : « naqh » qui signifie la gravure  et détermine le fait de graver le nom de Dieu dans le cœur et « band » qui signifie le lien ou l’attache et indique le lien qui existe entre l’individu et son Créateur.

Les principes spirituels de la voie Naqhsbandi sont orientés vers trois éléments essentiels qui sont l’humilité, la « mort du moi » et le cœur. Nous devons ajouter aussi le principe de « khalwa dar anjuman » qui signifie « la solitude au milieu de la foule » ou se souvenir constamment de Dieu au milieu des activités quotidiennes, mais aussi rappel de Dieu (dhikrullah) dans le secret du jour et de la nuit et qui consiste, par des pratiques spirituelles, à se concentrer sur le cœur et ses manifestations afin de vivre pleinement la proximité de Dieu.

Dans le soufisme en général et dans la voie Naqhsbandi en particulier, la vie spirituelle est indispensable pour atteindre l’objectif du soufi c’est à dire l’extinction en Dieu (fana fillah).

III) Un soufisme de paix.

 De nos jours, des hommes et des femmes découvrent (ou redécouvrent) le bien-fondé du soufisme et amène un certain nombre d’entre eux à s’y intéresser et à y trouver un sens à leur vie. En effet, le soufisme est le cœur de l’islam et pénètre toutes les voies et les aspirations de l’être humain en y apportant, tel un oasis de fraîcheur, la paix et la sérénité face aux défis de l’existence mais aussi la joie et la confiance en toute circonstance.

Pour ceux qui l’ont approché, la voie Naqhsbandi est connue pour sa simplicité, sa beauté spirituelle parce qu’elle reflète la nature de l’être humain et son inspiration la plus profonde. Les vérités essentielles qui se dégagent de ses enseignements redéfinissent la dimension spirituelle de l’homme et lui assigne sa véritable vocation au sein de l’univers : celui d’un être crée et aimé de Dieu  et portant en lui les germes d’un monde meilleur.

Le célèbre poète turc Yunus Emre disait :

« O amis, entendez-moi :

L’amour est pareil au soleil

Et le cœur sans amour

Est semblable à une pierre noire. (…)

A la porte du Roi,

Au service de notre Seigneur

Les étoiles des amoureux

Sont pareilles aux sentinelles. » (…)

La pratique du soufisme permet aujourd’hui comme hier la reconnaissance de l’âme humaine dans les sphères de l’intimité divine et lui accorde des perspectives insoupçonnées  la menant progressivement sur les sommets de la foi et de la spiritualité.

« Ouvre les yeux de ton cœur, afin de voir l’âme de toutes choses : tu verras alors sans voiles ce qui était invisible. Si tu voyages vers le pays de l’amour, les horizons de ce monde te sembleront une roseraie. » (Hâtef Isfahâni)

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